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Documentaire, 90', témoignages des femmes qui ont vécu la guerre d'Algérie : combattentes FLN, ALN ou OAS, EMSI, musulmanes, juives ou pieds noirs de toutes confessions,

Extrait d’interview: Chaibi Bakhta (Line...

Publié le 12 Mars 2013 par Guerre d'Algérie, mémoires de femmes-le film

Extrait d’interview: Chaibi Bakhta (Line...

Extrait d’interview: Chaibi Bakhta (Line Bonnin), EMSI


Vous êtes née en Algérie. Quels sont vos souvenirs d’enfance ?

Je suis née à la montagne, dans l’Ouarsenis, la région de Béni-Bou-Douane. J’ai perdu mon père quand j’avais 4 ans, et ma mère est partie avec les trois enfants. Nous sommes allés à Lamartine, un petit village sympathique. Et là ma mère a travaillé chez les uns, chez les autres, elle a fait ce qu’elle a pu pour nous élever.

Et elle a élevé toute seule ses enfants ?

Elle nous a élevés, elle était toute seule. Bien sûr, c’était difficile, d’autant plus que c’était la fin de la guerre…’40- ’45. Ben… on n’avait pas grande chose à manger, il fallait se débrouiller comme elle pouvait.
A l’époque il n’y avait pas d’argent. A l’époque c’était du troc, l’été elle allait glaner dans les champs pour ramasser du blé, des pois chiches, tout ce qui pouvait être dans les champs, elle le gardait pour l’hiver. L’hiver elle travaillait chez les gens aussi, pour les aider à ramasser les légumes et ils la payaient en légumes ou en morceaux de pain. L’argent, moi, je n’ai jamais vu chez ma mère… Le premier sou qu’on a vu c’était de tout petits sous avec un trou au milieu. Je devais avoir 7-8 ans. J’avais été cherché de l’herbe pour les lapins pour les propriétaires qui habitaient à côté de chez nous, et c’est là qu’on m’a donné un sou. C’était le premier sou que j’ai vu.

Les gens nous donnaient de petits vêtements quand ils étaient trop petits pour leurs enfants ou alors ma mère elle nous tissait aussi, elle travaillait la laine, elle nous tissait de petits vêtements. Pour mon frère des djellabas et pour moi une petite robe avec de la laine très, très fine. Alors en hiver on mettait ça et puis l’été c’était des gens qui nous donnaient de petits vêtements, des bouts de tissu aussi que ma mère confectionnait pour nous.

Vous êtes allez à l’école dans ce village ?

Malheureusement, non. On est parti dans un autre village qui s’appelait Saint Cyprien, et là y avait des religieuses, y avait un hôpital. On habitait – c’était un ancien four à pain qui était abîmé, donc nous, on a habité là-dedans. Il n’y avait ni fenêtre ni porte, la nuit on dormait là avec des couvertures, des nattes ... Y avait une école à côté et là j’entendais les enfants parler et chater. Lorsqu’ils calculaient, ils faisaient : un et un – deux, deux et deux – quatre, et moi, ça, ça me plaisait tellement d’entendre ça que je me suis mise à pleurer. J’ai dis à maman : « Je veux aller avec les enfants, faire comme eux ». Et ma mère, lasse de m’entendre toujours pleurer, dire « je veux y aller, je veux y aller », un jour elle m’a emmenée et on est allé sonner à la porte. Et y a certainement la directrice – c’est une dame qui est sortie et qui a dit : « Qu’est-ce que tu veux, Fatma ? ». Et ma mère, elle lui a répondu :
« Ma fille pleure, elle voudrait venir à l’école. Elle voudrait venir avec les enfants. ». Elle a dit : « Va-t-en, Fatma, va-t-en, Fatma, t’as vu comme les cheveux qu’elle a ? ». Parce que moi, j’avais les cheveux très, très frisés, très épais et frisés. « Va-t-en, Fatma ! » - elle nous a mis à la porte et elle a claqué le grand portail et ça, j’ai encore le son du portail dans l’oreille.

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